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La grande Bataille

Dans les premiers jours de décembre, tout est prêt: le duc Charles Emmanuel Ier quitte Turin en catimini, passe incognito le Mont-Cenis, traverse la Savoie et vient se cacher à Saint Julien en Genevois. L'armée commandée par le comte Charles de Simiane d'Albigny, ancien chef de la Ligue du Daupiné, est forte d'environ 4000 hommes. Elle se compose de Napolitains, d'Espagnols, de Piémontais et de quelques vieux ligueurs réfugiés. Les chefs de cette troupe de mercenaires sont le Picard, François de Brunaulieu, gouverneur de Bonne , le Jésuite écossais Alexander Hume, le Piémontais Semori, le Bressan d'Attignac ainsi que trois gentilshommes dauphinois,MM de Galliffet, de Bernardy et de Commiers. Ils choisissent trois cents soldats, bien armés, munis de pétards, de claies, d'échelles à coulisse, que l'on fit communier avant l'assaut. Seuls deux seigneurs savoisiens participent à l'escalade: Jacques de Chaffardon et François de Sonnaz. Le reste de la troupe et son chef, le comte d'Albigny, restent l'arme au pied. Ils s'enfuiront piteusement à la suite du duc de Savoie, une fois la défaite avérée.

L'attaque est lancée dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602 à 2 heures du matin. La nuit est noire et brûmeuse, froide et sans neige. Lalune est cachée et les vigiles ont plus tendance à se réchauffer à l'intérieur qu'à rester sur les murs de la ville.

Le plan original est d'ouvrir les portes, afin de pouvoir laisser entrer les soldats. Le plan semble se dérouler à merveille et l'avant-garde escalade la porte de la Monnaie qui n'est plus gardée par mesure d'économie. On envoie même un émissaire chargé de négocier la paix, histoire d'endormir les soupçons. Les fascines comblent le fossé, les échelles sont dressées, plus de 200 combattants sont déjà dans la place et leurs chefs parcourent les rues désertes de la cité. D'Albigny envoie même un message à Charles-Emmanuel Ier (« C'est fait ») qui dépêche immédiatement des messagers dans toute l'Europe.

Entendant un bruit bizarre, deux sentinelles genevoises sortent sur le rempart de la Monnaie et tombent nez à nez avec l'avant-garde ennemie. Le premier est rapidement estourbi mais le second a le temps de lâcher un coup d'arquebuse. L'alarme est donnée à 2h30, la Clémence(cloche de la cathédrale Saint-Pierre) sonne le tocsin qui est relayé par toutes les cloches deséglises. Les citoyens se lèvent, saisissent des armes et, en chemise de nuit, viennent prêter main forte aux milices bourgeoises. Même les femmes s'en mêlent et on en voit manipulantlances et hallebardes comme de vieux briscards. La bataille fait rage dans tous les coins de la ville mais les mercenaires peuvent encore l'emporter s'ils arrivent à ouvrir la porte de Neuve. Ils réussissent à s'en emparer et s'apprêtent à en faire sauter les gonds quand Isaac Mercier, unLorrain, fait tomber la grande herse qui résiste à tous les assauts. Le gros des troupes reste hors les murs alors que ceux qui réussissent à les franchir sont massacrés ou refoulés. Cinquante-quatre assaillants sont tués et treize , pour la plupart blessés, sont faits prisonniers. Ils seront exécutés par les genevois, après avoir été torturés, malgré leur promesse de la vie sauve, sans que soit respecté le droit de la Guerre.(Selon les Mémoires historiques du marquis Costa de Beauregard). Genève, quant à elle, pleure la mort de 18 de ses citoyens, parmi lesquels six genevois d'origine savoyarde.

De retour auprès de Charles-Emmanuel Ier, d'Albigny s'entendit dire : « De cette escalade, Monsieur, vous avez fait une belle cacade  » Par contre, le duc n'eut aucun mot de compassion pour les malheureuses victimes d'une si injuste cause.

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